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EN ATTENDANT LES MILLIONS... 

 

des moyens peu coûteux,

et à portée de main d’une commission scolaire,

 pour réduire le décrochage scolaire

 

 

par

 


DIANE DE COURCY

Présidente de la Commission scolaire de Montréal

Présidente du Mouvement pour une école moderne et ouverte

Commissaire du quartier Ahuntsic 

 



Le taux de décrochage scolaire atteint des sommets vertigineux à la Commission scolaire de Montréal : la moyenne approche les 40 %, le décrochage dépasse 50 % dans six de nos écoles secondaires et frôle les 75 % dans une autre. Qu'est-ce que des élus scolaires peuvent faire pour réduire le décrochage scolaire ? Pour certains, rien ne sera possible sans que le gouvernement n’injecte des fonds additionnels.

Le MÉMO rejette une attitude aussi attentiste. Nous ne contestons pas qu'il faille plus d'argent, au contraire. L'équipe que je dirige a été la première à identifier, dollar par dollar, les 20 millions manquants. Nous pensons qu'il faut multiplier les sources de financement public. Si tous les dollars viennent ultimement de la même poche, ils empruntent des chemins variés. À nous de les identifier, sans attendre le grand soir où tous seront riches heureux plutôt que pauvres et malades.

L'expérience a montré que notre approche était payante. Dans les quelques mois où le MÉMO a dirigé la commission scolaire, nous avons obtenu, à partir d’une évaluation et d’une démonstration serrées des besoins, que Québec ajoute quelque 14 millions par année, puisés dans différentes enveloppes : fiscalité scolaire, mesures de soutien alimentaire, ajout de professionnels, etc.

Pour donner des résultats, la lutte au décrochage scolaire et social doit aussi s’orchestrer avec tous les milieux, scolaire, municipal, communautaire, syndical et d’affaires, pour que priorité d’action soit donnée à travers tous les réseaux. On ne peut se contenter de clamer que les solutions sont connues, en soumettant, avec désinvolture, sa liste d’épicerie.

Voilà pourquoi nous présenterons au Conseil des commissaires un projet intégré, centré sur les besoins des élèves, de la petite enfance à l’âge adulte, assorti de diverses sources de financement et d'une meilleure utilisation des ressources déjà disponibles, ouvert et mobilisateur pour nos partenaires.

Utiliser d’abord les fonds disponibles

dans nos propres budgets

Réclamer de l’argent additionnel quand nos états financiers affichent des surplus hypothèque la crédibilité de la demande. Au 30 juin 2001, 2 M$ de l’enveloppe réservée à la réussite éducative étaient inutilisés et les établissements affichaient des surplus de 14 M$. La machine administrative d’une commission scolaire est ainsi faite qu’une partie de ces sommes est déjà engagée. Mais une portion demeure flottante. Il faut resserrer notre gestion. Nous n’avons pas les moyens de nous constituer des coussins et des réserves au cas où.

Des millions qu’on laisse à d’autres

Le Fonds Jeunesse du Québec réserve plus de 70 M$ à « L’école, milieu de vie ». Certaines de nos écoles ont obtenu des fonds de ce programme. Mais qu’est-ce qui empêche la Commission de présenter un projet éducatif montréalais, élaboré avec la communauté et les conseils d’établissement, pour favoriser la réussite scolaire ? Au pro rata de notre population scolaire, nous pourrions réclamer 6 M $, permettant l’engagement d’animateurs de vie étudiante et communautaire et favorisant le développement d’activités parascolaires, afin de faire de l’école secondaire un milieu de vie à dimension humaine.

Dès maintenant, nous pouvons encourager l’engagement communautaire des élèves en reconnaissant par des crédits la participation au conseil étudiant ou au conseil d’établissement, la participation à des projets scientifiques, sportifs ou communautaires et le mentorat exercé auprès de pairs ou de plus jeunes.

Des mesures payantes qui ne coûtent

rien de plus que le courage politique

Préserver les 182 jours de classe ; protéger la récréation au primaire, cette période de repos et de socialisation, grugée ou sacrifiée pour que les adultes puissent faire ceci ou cela ; organiser la vie de l’école secondaire et le suivi des élèves autour d’unités plus petites, en créant des « groupes-conseils », formés de 15 à 20 élèves et sous la responsabilité d’un enseignant ; intégrer les activités parascolaires dans la grille-horaire ; se donner une obligation de résultats et soumettre nos pratiques de gestion à une évaluation rigoureuse. Voilà des mesures qui demandent de se concerter pour remanier les tâches et les horaires, qui demandent du courage, mais pas de nouvel argent.

Des mesures spécifiques

au préscolaire et au primaire

Des coups de barre s’imposent au primaire pour soutenir les élèves en difficulté. Les camps pédagogiques d’été doivent être en nombre suffisant pour répondre à la demande et les mesures de soutien en cours d’année doivent être intensifiées. Il faut créer des passerelles avec les centres de la petite enfance, faciliter le passage des enfants à l’école et favoriser des interventions rapides. Il faut nous assurer que la détection des problèmes se fait systématiquement, et non en fonction des cas qui seront reconnus et financés par Québec.

La commission scolaire dispose de budgets pour réaliser ces mesures. C’est une question de choix. Le décrochage doit être une priorité et les argents actuellement dépensés à autre chose doivent être rapatriés.

Réorganiser l’école secondaire

et assurer un meilleur suivi

La présence en classe est un facteur de réussite. Chaque école secondaire doit être en mesure d’assurer un suivi des absences en établissant des liens avec les familles. L’ajout d’une ressource en psycho-éducation ou en éducation spécialisée, par tranche de 1000 élèves, coûte environ 1,2 M$.

Un suivi qui se prolongerait quand l’élève quitte l’école trop tôt : offrir un service d’accompagnement à l’élève qui décroche, l’informer des divers services d’éducation accessibles, garder le contact avec la famille, etc. L’expertise développée auprès des 16-18 ans dans nos centres d’éducation des adultes pourrait être mise à contribution pour assurer ce suivi. De même, nos centres de formation professionnelle pourraient concevoir et mettre en œuvre un programme d’exploration et de valorisation de la formation professionnelle et des métiers. Avec 1 M $, en concertant nos propres ressources internes et en nous associant à d’autres, comme les organismes communautaires et les Carrefours Jeunesse-Emploi, nous pourrions manifester au jeune décrocheur que nous sommes toujours disponibles pour l’écouter, l’accueillir et lui offrir un service pratique d’orientation.

Une politique interculturelle active

Plus de 40 % de nos élèves sont allophones (50 % dans certaines écoles) ; nous savons que l’apprentissage des langues d’origine influence la réussite. Il faut accorder une reconnaissance plus grande au PELO (programme d’enseignement des langues d’origine), s’assurer que les parents allophones peuvent communiquer aisément avec l’école et offrir des modèles de réussite aux enfants des communautés culturelles, au sein même de notre personnel.

Inscrire la concertation à l’agenda

plutôt que dans les discours

L’école ne détient pas toutes les clefs de la lutte au décrochage scolaire. Elle doit travailler de concert avec des partenaires. Les ressources publiques ne sont pas illimitées et l’élève à l’école est le même que celui qui reçoit des services de santé ou de soutien psychosocial, qui appartient à un club sportif, fréquente une bibliothèque, etc. Une réelle concertation avec la ville, les organismes communautaires présents dans les milieux, les autres partenaires gouvernementaux, est donc indispensable. Si cette approche coûte peu en dollars, elle est toutefois exigeante. Elle se bâtit sur la bonne foi, le respect, la confiance et l’ouverture. Elle demande plus qu’un discours de façade.

Conclusion

Le gouvernement doit investir davantage pour soutenir la réussite scolaire des jeunes et il faut continuer de le réclamer. Toutefois, il est chimérique d’attendre que toutes les conditions soient réunies pour se mettre au travail. Une commission scolaire dispose d’une marge de manœuvre ; c’est même pour cela que des personnes sont élues pour la diriger. Le projet que nous soumettons n’est ni bible ni un catalogue de recettes. Nous voulons avant tout proposer une vision intégrée de l’école, qui prend acte de la mobilisation des milieux, un projet susceptible de s’ajuster en cours de route, qui transcende les barrières administratives ou partisanes, pour à se centrer sur les besoins de l’élève. Nous souhaitons que la coalition Pallascio-Cadotte entende cet appel à la concertation et qu’elle abandonne la voie d’évitement où elle s’est engagée pour se mobiliser avec tous.  

Le 11 mars 2002.


On peut prendre connaissance

de la proposition que

madame De Courcy

présentera au conseil des commissaires

de la Commission scolaire de Montréal

mercredi 13 mars 2002

en cliquant ici

 

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