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Réussite scolaire des garçons: faire nos devoirs

 

par

 


DIANE DE COURCY

Présidente de la Commission scolaire de Montréal

et présidente du Mouvement pour une école moderne et ouverte,

commissaire du quartier Ahuntsic 

 

et par

 


GUILLAUME VAILLANCOURT

Vice-président du Mouvement pour une école moderne et ouverte

et commissaire du quartier Parc-Extension/Villeray/Petite-Patrie 


 

Montréal, le 8 novembre 2002

 

Nos garçons ont des problèmes à l’école. Ce fait indéniable soulève les passions et, malheureusement, le débat semble s’orienter vers la recherche de coupables. Mal engagée, la discussion risque de nous conduire à la pire des conséquences pour nos élèves: le retour au silence sur ce phénomène qui interroge l’école et la société.

Les faits sont troublants : le décrochage scolaire des garçons dépasse largement celui des filles et les résultats scolaires des garçons sont de beaucoup inférieurs à ceux de leurs consœurs. Cet écart se maintiendrait, voire s’accentuerait lors des études post-secondaires;  les femmes comptent maintenant pour près des deux tiers des nouvelles inscriptions au baccalauréat.

Ce déséquilibre s'inverse sur le marché du travail. Le salaire moyen des hommes est plus élevé que celui des femmes et les lieux de pouvoir sont largement masculins.

Aucune de ces deux réalités ne devrait être considérée comme normale ou acceptable, ni être invoquée pour nier la légitimité des efforts pour accroître la réussite scolaire des garçons ou l’accès à l’équité salariale et aux lieux de pouvoir pour les femmes.

L’école, mal adaptée aux garçons?

L’ancien directeur général de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), monsieur Yves Archambault, a livré publiquement quelques éléments de ses travaux portant sur la réussite des garçons à l’école. Il offre des exemples de pratiques éminemment discutables qui ont cours dans nos écoles, telles l’interdiction de jeux aussi anodins que la « tag », considérée trop violente, et la diminution, voire l’abolition de certaines périodes de récréation, pourtant nécessaires pour que les élèves s’oxygènent et dépensent de l’énergie. Ce qui est nécessaire, pour les garçons et pour les filles, chacun à leur manière. Il n’y a qu’à observer les enfants dans une cour d’école pour s’en convaincre: généralement, les filles et les garçons jouent séparément et différemment.

Par ailleurs, il déplore la quasi-absence de modèles masculins à l’école primaire. Ses travaux ont suscité une levée de boucliers - le ton polémiste n'y est peut-être pas étranger - mais lorsque certaines réactions vont jusqu’à nier la pertinence d’une approche différenciée selon les sexes en matière de réussite éducative, il y a dérapage.

Il faut accepter d’isoler la question de la réussite des garçons, pour en examiner toutes les facettes et agir. La reconnaissance des problèmes des garçons ne nie pas l’existence de difficultés chez les filles. Les acteurs du milieu scolaire, ainsi que les intellectuels qui s’intéressent à l’école, doivent s’interroger sur les pratiques discutables.

 

Par ailleurs, l'importante présence des femmes à l'école primaire peut s’expliquer par le poids de notre histoire: l’éducation des plus jeunes a été traditionnellement confiée aux femmes, d’ailleurs rémunérées bien chichement pour l’exercice d'un emploi aussi essentiel. Il serait injuste de reprocher aux femmes leur présence à l’école, ce qui ne doit pas nous empêcher de travailler à l’augmentation du nombre d’hommes qui y enseignent, tout comme il faut soutenir la présence de modèles féminins dans d’autres milieux.

Une analyse féministe des difficultés des garçons

Les hypothèses de monsieur Archambault ne sont pas les seules qui puissent expliquer les problèmes des garçons à l’école. Une grille d’analyse féministe peut aussi nous aider à comprendre.

En effet, les femmes ont un accès réel à l’école depuis quelques décennies à peine. Les générations précédentes de femmes ont fait comprendre à leurs filles toute l’importance de se scolariser pour accéder à la liberté et à l’égalité, tant dans les sphères privées que publiques de leur vie. Pour les femmes, l’émancipation passe essentiellement par l’école. Il n’y a pas d’équivalent masculin d’un incitatif à l’effort et à la persévérance scolaire aussi puissant.

 

Pendant ce temps, les garçons ont des modèles masculins de réussite passant par d’autres moyens que l'éducation. Ces modèles de self-made-man, riches mais peu instruits, n’ont que très peu d’équivalents féminins. Et cela a peut-être un impact sur la persévérance scolaire des garçons, pour qui d’autres voies de réussite semblent possibles.

Il est à craindre que l’éducation supérieure, si elle se confirme pendant quelques générations à prédominance féminine, ne perde progressivement de l’importance comme outil d’accès à la reconnaissance sociale. C’est du moins ce qui arrive généralement aux corps d’emplois et aux institutions qui se féminisent, une règle qui ne connaît que très peu d’exceptions.

 

Une telle dévalorisation de l’éducation serait néfaste pour tout le monde : pour les femmes, maintenant plus instruites, mais qui verraient leur échapper une importante clef d'accès à l'égalité ; pour l'ensemble de la société, qui n’a rien à gagner à dévaloriser un levier majeur de développement économique et social.

Réfléchir pour agir

La littérature scientifique portant sur la réussite éducative des garçons est mince. Les hypothèses soulevées pour expliquer les difficultés scolaires des garçons, incluant les nôtres, sont donc largement intuitives. Le sujet mérite mieux.

Nous invitons les parents, les éducateurs et les intellectuels à convenir de trois éléments de base :

1-  davantage de garçons que de filles connaissent des difficultés dans leurs études, et cela mérite une analyse de l’école différenciée selon les sexes;

2-  à ce stade de la réflexion, toutes les grilles d’analyse méritent d’être appliquées afin de mieux cerner le problème et d'identifier des solutions;

3- il est indispensable d'associer ceux et celles qui font l’école, principalement le personnel enseignant, à cette réflexion.

Nous ne proposons pas de solution toute faite aux problèmes de réussite éducative des garçons. Elles n'existent pas. Les jeunes et la société ont changé, les solutions d'il y a trente ans ne peuvent s'appliquer directement et sans adaptation. Nous souhaitons que la réflexion se fasse réellement, sans dérapage. Quelques pistes émergent parmi diverses expériences tentées à la CSDM et ailleurs. Il nous faut les connaître, les discuter et, s’il y a lieu, les répandre. Il nous faut compter sur l’expérience de ceux et celles qui font l’école tous les jours.

D’ici la fin novembre, les commissaires du MÉMO proposeront une démarche de recherche-action à laquelle, nous le souhaitons vivement, chacun et chacune pourra contribuer : les experts, le personnel enseignant, bien sûr, mais aussi les parents, les citoyens et les partenaires de l’école. Notre objectif est de dégager un plan d’action concerté le plus vite possible, soit pour la rentrée 2003. Le Conseil des commissaires doit se mettre au travail : la réussite des élèves, de tous les élèves, n’est-elle pas son premier devoir?

 

 

 

 

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