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par Diane De
Courcy
L'auteure
est présidente de la Commission scolaire de Montréal
et
la présidente du MÉMO
(Mouvement
pour une école moderne et ouverte)
La rentrée
constitue un moment important de l'année. Le plein d'énergie et de bonnes dispositions
a été refait. Le moment est porté par une certaine fébrilité et une bonne dose
d'espoir. Ce moment heureux ne doit pas nous faire perdre de vue que, cette
année encore, des milliers d'adolescents ne "rentreront" pas, même
s'ils ont l'âge de fréquenter une école. Beaucoup, aussi, seront présents de
corps, mais l'école secondaire n'aura pas réussi à mobiliser leur esprit.
D'autres encore, entre 5 et 10 %, s'absenteront systématiquement de
l'école tout au long de l'année.
Le phénomène
n'est pas local, ni même québécois. L'OCDE (Organisation de coopération et de
développement économiques) le constate dans tous les pays industrialisés.
Paradoxalement, la forte demande d'éducation qui s'exerce sur le marché du
travail, dans la montée de l'économie du savoir, n'incite pas tous les jeunes à
persister. L'école serait-elle devenue très secondaire ?
En 1998, les
structures scolaires ont été réformées, permettant un mouvement de
décentralisation vers les communautés et les établissements locaux. Certes, nous
sommes encore dans une période d'ajustements. Mais cette complicité avec la
communauté, encore bien timide, peut constituer une clé significative pour une
meilleure insertion des jeunes. La réforme "du succès" s'intéresse,
quant à elle, au contenu des apprentissages. Il s'agit, sans conteste d'une
réorientation nécessaire qui devra, toutefois, être complétée par une politique
d'évaluation des apprentissages.
Ces
interventions ne doivent pas nous dispenser d'interpeller l'école dans sa
forme, dans son organisation. Malgré les transformations de l'environnement, le
déroulement d'une journée scolaire n'a pas tellement changé depuis les
dernières décennies.
Que peut bien
signifier aujourd'hui l'obligation légale de fréquentation jusqu'à 16 ans, lorsque nos écoles secondaires
accueillent, à la rentrée, presque deux fois plus d’élèves inscrits en première
secondaire qu'en cinquième ? Qui se sent responsable de
cette obligation ? D'un point de vue institutionnel, cette obligation
s'est transformée en norme administrative, la hauteur du financement se
mesurant par "têtes de pipe" présentes en classe. Nous sommes loin
d'une quelconque responsabilité.
L'absentéisme
des élèves est un phénomène qui prend de l'ampleur, et ce mondialement :
un décrochage à la petite semaine qui conduit à coup sûr vers le décrochage
officialisé et comptabilisé.
Un nombre
important de constats a déjà été fait. En avril 2001, le Conseil supérieur de
l'éducation invitait l'école secondaire à "aménager le temps
autrement". De son côté, le Forum Jeunesse de l'île de Montréal
interpellait l'école secondaire jugée, par les jeunes eux-mêmes,
dépersonnalisée et démotivante. Le groupe de travail de l'OCDE sur l'école de
l'avenir proposait des changements dans le même sens :"Il est certain que la conception des écoles doit être ouverte à
la culture des jeunes dans sa dynamique et sa complexité et aux besoins futurs
des jeunes et de la collectivité. [i]
L'heure est
donc à l'action. Comment aborder cette problématique, ni simple, ni facile,
dans une perspective de solutions ? Chacun des groupes intéressés, et au
premier chef nous-mêmes, doit avoir l'humilité de reconnaître qu'il ne détient
pas toutes les réponses. Mais il faut aussi créer un lieu pour partager nos
préoccupations, connaître et reconnaître les initiatives qui ont été prises
localement et, si possible, se donner un plan de travail commun.
Il faut
rassembler tous nos questionnements et, ensemble, bâtir maintenant l'école du
troisième millénaire. Comment créer une école personnalisée où peut se
développer un sentiment d'appartenance, essentiel pour soutenir la motivation
et la persistance ? Faut-il diminuer le nombre d'élèves par groupe,
réorganisé autour de tuteurs ? Intégrer des activités dites parascolaires
à l'horaire des cours ?
Faut-il
proposer une fréquence et un parcours modulés aux élèves du deuxième cycle du
secondaire ? Y a-t-il
lieu d’intégrer les apprentissages des jeunes sur le marché du travail à leur
cheminement scolaire, sous une forme encore à inventer ?
Pourquoi tant de jeunes préfèrent-ils "l'éducation des adultes", où la moitié des élèves inscrits n’a
pas vingt ans ?
Les nouvelles technologies de l'information peuvent-elles servir à transformer l'école ? L'intégration de l'école "à distance" à l'école plus conventionnelle est-elle souhaitable et dans quelle mesure ?
Le succès est
lié à la valorisation de l'école par la famille et par la société. Les succès
remportés par des élèves issus de certaines communautés culturelles, manifestes
lors des galas d'excellence, en témoignent. Comment l'école secondaire
peut-elle créer des ponts avec les familles et soutenir la motivation ?
Comment réussir l'ouverture de l'école aux différents organismes communautaires
présents sur le terrain ? Quels sont les arrimages requis ?
Pourquoi la
relève des directions d'école est-elle si difficile ? Pourquoi l'école
secondaire attire-t-elle peu de gestionnaires ? Quel type de leadership
recherchons-nous ?
Voilà autant de
questions qui interpellent l'organisation de l'école. Nous aurons besoin
d'audace, de courage et de concertation pour établir les bases d'une nouvelle
école secondaire, capable de composer avec un univers de communication et
d'information instantanées, un monde du travail toujours changeant, une
collectivité montréalaise cosmopolite et un contexte de pauvreté qui ne
s'améliore guère.
Le MÉMO est un
mouvement d'idées et de changements. Il veut créer un lieu d'échanges pour
passer à l'action. À cet effet, nous préparons, pour cet automne, un colloque
sur "l'école très secondaire", une réflexion orientée sur des
solutions concrètes à mettre en place et ouverte à tous les citoyens et
organismes intéressés.
Durant toute
l'année, le MÉMO maintiendra ces échanges par l'intermédiaire de son site
Internet (memo.qc.ca). Les "rencontres des présidences", réunissant
périodiquement les présidences des Conseils d'établissement et les présidences
des Organismes de participation des parents avec la présidente de la Commission
scolaire continueront d'être un forum privilégié pour les parents. Enfin, parce
qu'il est aussi un parti politique, le MÉMO profitera de la tribune du Conseil
des commissaires pour faire des propositions concrètes, et ce dès le 29 août.
L'école
secondaire mérite plus qu'un traitement alarmiste. Le parti que je dirige a la
conviction que les parents, le personnel des écoles, enseignants et
non-enseignants, les citoyens, jeunes et adultes, et les organismes sont
parties prenantes de la solution. À maintes reprises, chaque groupe a manifesté
ses préoccupations relativement à l'école ; nous faisons le pari qu'ils
répondront favorablement à une invitation à travailler ensemble, selon la
formule de participation qui leur convient : colloque, forum Internet ou
rencontre de parents. Il est temps de passer à l'action. Il est temps de s'en
donner les moyens.
Diane De Courcy
Le 20 août 2001
[i] OCDE,
Enseignement et compétences, Motiver les élèves : l'enjeu de
l'apprentissage à vie , Paris, 2000, p.50