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Libre
opinion
Une
école très secondaire ?
Diane De Courcy
et la présidente
du MEMO (Mouvement pour une école moderne et ouverte).
LE DEVOIR
Lundi 20 août 2001, page
A6
La rentrée constitue un
moment important de l'année. Le plein d'énergie et de bonnes dispositions a été
refait. Le moment est porté par une certaine fébrilité et une bonne dose
d'espoir. Ce moment heureux ne doit pas nous faire perdre de vue que, cette
année encore, des milliers d'adolescents ne "rentreront" pas, même
s'ils ont l'âge de fréquenter une école. Beaucoup, aussi, seront présents de
corps, mais l'école secondaire n'aura pas réussi à mobiliser leur esprit.
D'autres encore, entre 5 et 10 %, s'absenteront systématiquement de l'école
tout au long de l'année.
Le phénomène n'est pas local, ni même québécois. L'OCDE (Organisation de
coopération et de développement économiques) le constate dans tous les pays
industrialisés. Paradoxalement, la forte demande d'éducation qui s'exerce sur
le marché du travail, dans la montée de l'économie du savoir, n'incite pas tous
les jeunes à persister. L'école serait-elle devenue très secondaire?
En 1998, les structures scolaires ont été réformées, permettant un mouvement de
décentralisation vers les communautés et les établissements locaux. Certes,
nous sommes encore dans une période d'adaptation. Mais cette complicité avec la
communauté, encore bien timide, peut constituer une clé significative pour une
meilleure insertion des jeunes. La réforme "du succès" s'intéresse,
quant à elle, au contenu des apprentissages. Il s'agit, sans conteste d'une
réorientation nécessaire qui devra, toutefois, être complétée par une politique
d'évaluation des apprentissages.
Ces interventions ne doivent pas nous dispenser d'interpeller l'école dans sa
forme, dans son organisation. Malgré les transformations de l'environnement, le
déroulement d'une journée scolaire n'a pas tellement changé depuis les
dernières décennies.
Que peut bien signifier aujourd'hui l'obligation légale de fréquentation
jusqu'à 16 ans, lorsque nos écoles secondaires accueillent, à la rentrée,
presque deux fois plus d'élèves inscrits en première secondaire qu'en
cinquième? Qui se sent responsable de cette obligation? D'un point de vue
institutionnel, cette obligation s'est transformée en norme administrative, la
hauteur du financement se mesurant par "têtes de pipe" présentes en
classe. Nous sommes loin d'une quelconque responsabilité.
L'absentéisme des élèves est un phénomène qui prend de l'ampleur, et ce
mondialement: un décrochage à la petite semaine qui conduit à coup sûr vers le
décrochage officialisé et comptabilisé.
Un nombre important de constats a déjà été fait. En avril 2001, le Conseil
supérieur de l'éducation invitait l'école secondaire à "aménager le temps
autrement". De son côté, le Forum Jeunesse de l'île de Montréal
interpellait l'école secondaire jugée, par les jeunes eux-mêmes,
dépersonnalisée et démotivante. Le groupe de travail de l'OCDE sur l'école de
l'avenir proposait des changements dans le même sens: "Il est certain que
la conception des écoles doit être ouverte à la culture des jeunes dans sa
dynamique et sa complexité et aux besoins futurs des jeunes et de la
collectivité."
L'heure est donc à l'action. Comment aborder cette problématique, ni simple, ni
facile, dans une perspective de solutions? Chacun des groupes intéressés, et au
premier chef nous-mêmes, doit avoir l'humilité de reconnaître qu'il ne détient
pas toutes les réponses. Mais il faut aussi créer un lieu pour partager nos
préoccupations, connaître et reconnaître les initiatives qui ont été prises
localement et, si possible, se donner un plan de travail commun.
Il faut rassembler tous nos questionnements et, ensemble, bâtir maintenant
l'école du troisième millénaire. Comment créer une école personnalisée où peut
se développer un sentiment d'appartenance, essentiel pour soutenir la
motivation et la persistance? Faut-il diminuer le nombre d'élèves par groupe,
réorganisé autour de tuteurs? Intégrer des activités dites parascolaires à
l'horaire des cours?
Faut-il proposer une fréquence et un parcours modulés aux élèves du deuxième
cycle du secondaire? Y a-t-il lieu d'intégrer les apprentissages des jeunes sur
le marché du travail à leur cheminement scolaire, sous une forme encore à
inventer? Pourquoi tant de jeunes préfèrent-ils "l'éducation des
adultes", où la moitié des élèves inscrits n'a pas vingt ans?
Les nouvelles technologies de l'information peuvent-elles servir à transformer
l'école? L'intégration de l'école "à distance" à l'école plus
conventionnelle est-elle souhaitable et dans quelle mesure?
Le succès est lié à la valorisation de l'école par la famille et par
Pourquoi la relève des directions d'école est-elle si difficile? Pourquoi
l'école secondaire attire-t-elle peu de gestionnaires? Quel type de leadership
recherchons-nous ?
Voilà autant de questions qui interpellent l'organisation de l'école. Nous
aurons besoin d'audace, de courage et de concertation pour établir les bases
d'une nouvelle école secondaire, capable de composer avec un univers de
communication et d'information instantanées, un monde du travail toujours
changeant, une collectivité montréalaise cosmopolite et un contexte de pauvreté
qui ne s'améliore guère.
Le MEMO est un mouvement d'idées et de changements. Il veut créer un lieu
d'échanges pour passer à l'action. À cet effet, nous préparons, pour cet
automne, un colloque sur "l'école très secondaire", une réflexion
orientée sur des solutions concrètes à mettre en place et ouverte à tous les
citoyens et organismes intéressés.
Durant toute l'année, le MEMO maintiendra ces échanges par l'intermédiaire de
son site Internet (memo.qc.ca). Les "rencontres des présidences",
réunissant périodiquement les présidences des Conseils d'établissement et les
présidences des Organismes de participation des parents avec la présidente de
la Commission scolaire continueront d'être un forum privilégié pour les
parents. Enfin, parce qu'il est aussi un parti politique, le MEMO profitera de
la tribune du Conseil des commissaires pour faire des propositions concrètes,
et ce, dès le 29 août.
L'école secondaire mérite plus qu'un traitement alarmiste. Le parti que je
dirige a la conviction que les parents, le personnel des écoles, enseignants et
non-enseignants, les citoyens, jeunes et adultes, et
les organismes sont parties prenantes de la solution. À maintes reprises, chaque
groupe a manifesté ses préoccupations relativement à l'école; nous faisons le
pari qu'ils répondront favorablement à une invitation à travailler ensemble,
selon la formule de participation qui leur convient: colloque, forum Internet
ou rencontre de parents. Il est temps de passer à l'action. Il est temps de
s'en donner les moyens.
Source: LE DEVOIR Auteur:
Une retranscription de Jocelyn Bourbonnais, webmaître
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