Les écoles de Montréal
Édition du JEUDI 10 MAI 2001
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Libre opinion
Journées pédagogiques à la CSDM: chronique de temps volé


Diane De Courcy
Présidente du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MEMO)
Présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM)

LE DEVOIR
Mardi 19 juin 2001, page A6

 

Demain, la coalition majoritaire à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) entend ajouter deux journées pédagogiques au calendrier scolaire et à la convention collective de l'Alliance des professeurs de Montréal. Théoriquement, cette décision fait suite à une consultation menée au cours des dernières semaines.

Que fut cette consultation? Consultation-bidon, négociation parallèle, agenda caché, voilà ce qui la résume.

Les besoins des enseignants

Le 15 mai, le commissaire Robert Cadotte fait adopter par le conseil une résolution visant à consulter parents, syndicats et autres associations sur "la pertinence de tenir l'an prochain, de façon exceptionnelle, deux journées pédagogiques supplémentaires, dont le contenu d'une demi-journée serait défini par la Commission scolaire de Montréal". Le commissaire Cadotte justifie cette résolution en référant au besoin des enseignants de mieux s'approprier la réforme pédagogique en cours. Ce sont donc les besoins exclusivement liés à la réforme qui justifient la proposition déposée.

Le 4 juin, dans le Bis, journal de l'Alliance des professeurs, on lit la réaction du syndicat à ce projet. Référant à la convention collective, l'Alliance note: "La détermination et l'utilisation des journées pédagogiques font partie de ces dispositions et cela implique qu'il ne peut être question d'une simple consultation pour les modifier mais plutôt d'une entente formelle entre l'employeur et le syndicat." L'Alliance ajoute: "Il faut aussi préciser que ces dispositions s'appliquent pendant toute la durée de la convention et non, comme semble l'indiquer la proposition de la CSDM, pour la seule année prochaine. Ces dispositions s'appliquent également au secteur de la formation professionnelle et de la formation générale des adultes et tout changement devra aussi viser ces secteurs."


Demain, le Conseil des commissaires sera saisi:

La consultation, une négociation

Le document sur les deux journées pédagogiques additionnelles explique comment la "consultation" est devenue une négociation: "Aux termes de ces échanges, un accord de principe est intervenu pouvant être la base de l'entente suivante: ajout de deux journées pédagogiques pour l'année 2001-2002 pour la formation générale des jeunes dont une demi-journée déterminée par la Commission, et ajout pour 2001-2002 pour la formation générale des adultes et la formation professionnelle trimestrialisée, qui bénéficient actuellement de six journées pédagogiques par année."


Quel est le rapport entre la formation professionnelle, la formation générale adulte et la réforme au primaire?

Plus encore, à la réunion du conseil des commissaires, nous serons saisis d'une autre proposition de M. Cadotte, directement en lien avec l'entente sur l'ajout des deux journées pédagogiques. Cette résolution réfère à un élément de l'entente conclue avec l'Alliance: "Le contenu et la date d'une demi-journée seront fixés par la Commission." Cette résolution prévoit que, le 22 avril 2002, en avant-midi, tous les employés de la Commission seront invités "à une session de perfectionnement sur l'environnement".

Quel est le rapport avec la réforme scolaire? Lisons rapidement les considérants invoqués pour justifier cette résolution: "Considérant la réforme en éducation; considérant que la thématique de l'environnement constitue un des domaines d'expériences du nouveau programme "!

Enfin, toujours au même conseil des commissaires de cette semaine, pour donner suite à une consultation qui s'est faite sur le plan d'action de l'Opération -Solidarité, plan d'action prévoyant une journée de formation sur la reconnaissance des milieux défavorisés, le Conseil est invité à "reporter la tenue de cette journée à l'année scolaire 2002-2003". On voit bien ici que l'ajout de journées pédagogiques est maintenant devenu un acquis pour les années futures.

Réduire le temps de classe

Ces données révèlent d'abord que la coalition au pouvoir à la CSDM s'en donne à coeur joie, de façon désorganisée, quand il s'agit des jours de classe. Allègrement, on propose de ne pas enseigner aux enfants, un jour, deux jours, trois jours et de tenir des réunions sur les besoins en milieu défavorisé, la réforme scolaire, l'environnement. Tout devient prétexte à réduire le temps de classe.

Il faut affirmer et réaffirmer qu'un jour de classe est important, que les minutes d'enseignement et d'apprentissage sont toutes et chacune fort importantes. Notre Commission scolaire doit se battre, non pas pour réduire le temps de classe mais pour valoriser le temps de classe, l'augmenter, témoigner à tous et chacun que le temps passé en classe en est un d'une formation exigeante, que l'on ne peut marchander.

La multiplication des occasions de ne pas faire de l'enseignement, de ne pas faire des apprentissages, n'est pas un bon signe à donner à qui ce soit, ni aux enfants, ni aux enseignants. Elle laisse entendre que l'absence d'un cours, de deux, de trois n'est pas si grave. Elle laisse entendre aux professionnels que sont les enseignants le peu de valeur stratégique de chacune des minutes consacrées à l'enseignement du français, de l'anglais ou des sciences.

C'est un tout autre message qu'il faut donner. Il ne faut jamais dévaloriser, diminuer l'acte d'enseigner en laissant entendre que la réduction du temps d'enseignement est peu significative, sans conséquence.

Ces données révèlent aussi que les consultations sont bidon. La coalition au pouvoir a mobilisé les milieux dans une réflexion sur la pertinence d'ajouter des journées pédagogiques au calendrier. Pourtant, pendant que l'opération de consultation se déroulait, la CSDM et l'Alliance négociaient l'entente conclue. Autrement dit, on a demandé à des gens, des parents bénévoles, de s'arrêter à une question alors même que tout était joué.

Qui plus est, on a même tassé bien loin le thème de la réforme; à preuve, cela ne fait même pas partie des résolus, pas plus que le caractère exceptionnel. C'est là insulter les partenaires.

La réforme scolaire

Un dernier aspect mérite d'être noté. On a consulté les parents sur l'hypothèse de deux journées pédagogiques additionnelles portant sur la réforme scolaire. Pourtant, la coalition nous propose aujourd'hui qu'une partie de ces journées (l'avant-midi du 22 avril 2002) porte sur l'environnement en organisant une demi-journée de réflexion à cet effet, au Centre Molson. Le rapport est pour le moins ténu entre l'environnement et la réforme du curriculum!

Où est la logique? Où est la cohérence si nécessaire en éducation? Où est le lien entre toutes ces propositions-spectacles et la réussite des élèves? Où s'en va notre Commission scolaire lorsque ses décideurs politiques, cette coalition majoritaire n'a même jamais pris le temps, en conseil des commissaires, d'analyser les performances scolaires de ceux à qui on vole encore du temps, ou d'examiner les retombées de la "journée-modèle de réflexion sur la violence" du 6 décembre 1999?

Les enseignants sont les maîtres du temps scolaire. Laissons-les travailler avec les élèves. Cessons de leur voler un temps si précieux au nom d'une réforme qui demande d'ailleurs beaucoup de temps: en classe, en équipe, avec les élèves.

 



Source: LE DEVOIR
Auteure: Diane De Courcy
Date: Mardi 19 juin 2001


Une retranscription de Jocelyn Bourbonnais, webmaître

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